DOSSIER

Novembre 2003

Économie
Et l'homme dans tout ça ?


Le prochain Forum Social Européen montrera la force et la diversité du mouvement citoyen mondial opposé au processus de mondialisation capitaliste. Débats, réflexions, propositions d’actions constituent les ingrédients de cet événement.
Nouvelle Cité apporte sa contribution avec ce dossier
sur la place de l’homme dans l’économie.

 

« Un autre monde est possible » face au processus de mondialisation capitaliste. Telle est la conviction de tous ceux qui estiment que – sans pour autant la diaboliser – l’économie n’est pas qu’une « machine à faire du fric ». Le prochain Forum Social Européen (FSE) qui va se dérouler du 12 au 16 novembre 2003 près de Paris s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur à Florence l’an dernier et du Forum Social Mondial de Porto Alegre avec pour objectif : constituer un lieu et un moment privilégiés pour des échanges entre citoyens et mouvements sociaux, organisations syndicales et politiques, associations de solidarité et organisations non gouvernementales.

 

En clair, tout un chacun est convié à apporter contributions, réflexions, initiatives… Grand-messe cacophonique de l’altermondialisme, « big bazar folklorique » d’idées partant dans tous les sens, difficultés de dégager compromis et consensus ? Les limites du genre ne sauraient constituer des raisons valables pour s’exclure de cette – après tout récente – initiative de changer le monde, de remettre l’homme au centre de nos préoccupations planétaires. L’économie, c’est aussi du social et donc l’affaire de tous.
Entre l’effondrement du marxisme qui a laissé un vide idéologique et la pensée néolibérale qui veut régenter les systèmes économiques actuels – bien souvent réduits à des modèles mathématiques déshumanisés –, les chrétiens redécouvrent l’envergure et l’actualité de l’enseignement social de l’Eglise trop souvent méconnu. Comment oublier que des chrétiens ont été précurseurs en matière de solidarité sociale ? Hôpitaux, crèches, orphelinats, écoles… qui sont désormais assumés par les pouvoirs publics, font partie des œuvres sociales nées de congrégations et mouvements religieux. Dans le débat d’idées actuel, le christianisme social du siècle dernier retrouve toute sa pertinence. Des initiatives telles que l’économie de communion (issue du mouvement des Focolari) s’inscrivent également dans cette filiation de pensée, apparentée aujourd’hui à l’économie solidaire.

Le système actuel n’est pas une fatalité !

S’il y a un temps pour le débat d’idées, il est toujours impératif de mettre et remettre nos actes en conformité avec notre pensée. Mais qu’il est difficile, dans un contexte où le consommateur est roi, d’être attentif à la dimension éthique de ce que nous achetons, de ne pas céder aux sirènes du « être = avoir », d’aller à contre-courant d’habitudes que la pensée mercantile veut nous contraindre à adopter !
Non le système économique actuel n’est pas une fatalité !

Global et local : même combat ! Toutes les initiatives altermondialistes qui s’efforcent de mettre l’homme au centre des échanges économiques méritent d’être encouragées. C’est ce qui justifie que chrétiens et laïcs fassent cause commune pour changer ensemble ce monde. Il ne s’agit pas pour le chrétien de « vendre son âme » – comme le craignent certains – ni de chercher un accord utopique sur toutes les questions de société, mais bien de se rejoindre dans la pensée et l’action partout où cela est possible.

Ce dossier se veut une modeste contribution au débat d’idées que promeut le Forum Social Européen. Les enjeux du FSE et la place des chrétiens au côté des plus pauvres ont retenu notre attention. L’initiative d’économistes de remettre le bonheur de l’homme au centre d’une économie trop perçue comme une « science triste », nous a semblé être un apport original (voir pages suivantes L’économie veut redevenir une science du bonheur public). Les remarques des initiateurs de l’Economie de communion parachèvent ce dossier qui ne manquera pas de susciter des réactions variées, que nous souhaitons vivement…

Alain BOUDRE