Solidarité - Mai 2001
Petite banque devenue grande
Leur entreprise, la banque Kabayan, a résisté à deux énormes crises économiques. Teresa et Francis Kabayan n'étaient pourtant pas des financiers! De passage à Paris, ils ont présenté la manière dont ils gèrent leur banque selon les principes de l'économie de communion.
C'est en pleine crise économique des années 80 que Francis et Teresa Ganzon ont repris la banque Kabayan, située à 120 km de Manille. Un héritage périlleux que cette part du capital reçue par Teresa! Jusque-là exploitants agricoles, les conjoints philippins décident néanmoins de relever le défi et de tout faire pour sauver la banque; ceci pour éviter les licenciements et le contrecoup inévitable pour les entreprises locales liées à son activité.
Epaulés par l' Ancilla, une société de conseil en management qui cherche à mettre en ¦uvre l'esprit de l'économie de communion, ils commencent à remonter la pente. Leur politique ? S'approcher des milieux pauvres, soutenir les petits projets - même si cela n'est certes pas le plus rentable! -, être un instrument de promotion et de développement rural. Leur mot d'ordre? Confiance et transparence: avec les employés, les clients, les concurrents...
Premiers développements
Entre 1991 et 1997, l'entreprise a multiplié son chiffre d'affaires par treize, passant - avec la naissance de neuf agences - de 20 à 150 employés. En ce qui concerne le personnel, la situation sociale des employés a pu être sensiblement améliorée. Ils ont acquis la possibilité de devenir actionnaires et d'être intéressés aux bénéfices.
Une fondation a été créée pour soutenir les plus pauvres: bourses d'études, prêts pour des cours de formation professionnelle, etc. Par l'intermédiaire de cette fondation, les actionnaires peuvent en outre donner de leurs dividendes pour soutenir des initiatives comme l'octroi de petits prêts sans garantie, sur le modèle de la Grameen Bank (dite «la banque des pauvres») au Bangladesh.
En 1997, la banque était parvenue à la troisième place du classement des banques rurales du pays, lorsqu'éclata la très grosse crise financière qui, comme un raz-de-marée, a déstabilisé une grande partie de l'Asie.
Unis face à la crise
Dans ce contexte de panique générale qui amenait tous les clients à retirer leurs économies, la banque Kabayan n'a dû sa survie qu'à l'esprit de famille qui régnait dans l'entreprise, et à la solidarité des entreprises de l'économie de communion des Philippines et d'autres pays du monde. C'est grâce, en effet, à une banque et à une grande société hollandaises, qui ont osé jouer la confiance et prendre des risques par une collaboration financière et technologique, qu'elle a pu passer ce cap.
Dans cette grande aventure où, à plusieurs reprises, ils ont frôlé la catastrophe, Teresa et Francis Ganzon disent avoir été soutenus plus que jamais par leur confiance en Dieu et la certitude qu'ils pouvaient compter sur le soutien inconditionnel de leurs homologues entrepreneurs. Et ce n'est pas une manière de parler car ils ont vu, face à la faillite - et malgré l'aide qu'essayait de lui apporter une association de banques rurales - le propriétaire d'une banque concurrente de leur région se donner la mort.
La crise est passée et leur entreprise est à présent tirée d'affaire. Mais Francis et Teresa ne se sont pas pour autant installés dans la routine. S'ils ne cherchent pas le profit à tout prix et s'ils refusent certains procédés liés à la spéculation, ils ne visent pas moins la réussite pour pouvoir, directement ou indirectement, aider les plus pauvres.
Une entreprise essentielle pour le monde rural
Quand on demande à Teresa comment leur activité est perçue par les autres banques, étant donnée leur façon différente par rapport aux règles du marché bancaire, elle répond simplement: «Ce qui nous a aidés, c'est qu'à la fin des années 70, les autres banques ont vu le changement qui s'est produit progressivement. Nous sommes partis d'une situation très difficile et elles ont suivi toute l'évolution.
A partir de 1991, à partir de l'invitation qui nous était adressée par Chiara Lubich de nous développer, de développer les bénéfices pour pouvoir les partager avec beaucoup de personnes, nous avons fait un plan d'expansion assez ambitieux. Et, au bout de quelques années, nos concurrents ont vu que notre stratégie portait des fruits.
D'autre part, nous nous sommes rendu compte que nous avions intérêt à former les personnes de façon à ce qu'elles deviennent efficaces, compétentes. Parce que nous savons bien que notre entreprise de banque rurale est essentielle pour développer les campagnes, le pays en profondeur. Et nous savons aussi que, plus nous aurons de succès dans notre travail, plus nous contribuerons à développer notre pays.»
ANNE BAZALGETTE
- Pour tout renseignement sur la banque Kabayan et l'économie de communion: Chantal et José Grevin, 3 rue du Pont de la Cidrerie, 51000 Chalons-en-Champagne. Tel. 03 26 66 53 69, e-mail : humanite.nouvelle@focolari.org