Dossier Focolari - Mai 2001

La cité-pilote de la Mariapolis d'Arny

 

Un lieu de vie et d'activités porteur d'espérance

La Mariapolis d'Arny (près de Paris) sera la 21e cité-pilote construite par les Focolari. Le projet de ce lieu de vie et d'activités économiques largement ouvert prend forme. Un an après l'acquisition du terrain, faisons le point sur ses avancées.

Un projet ambitieux! Les lecteurs de Nouvelle Cité en connaissent la genèse (voir NC juillet-août 2000): l'acquisition, en juin 2000, d'un terrain de 24 hectares dans l'Essonne (couronne sud de Paris) pour y construire une cité-pilote du Mouvement des Focolari : la Mariapolis d'Arny (c'est le nom de l'endroit) située sur la commune de Bruyères-le-Chatel. Seront réunis sur ce site verdoyant des bâtiments destinés aux activités du mouvement: centre de formation, salles de réunions, bureaux et maisons, ainsi qu'un ensemble d'habitations individuelles et collectives et une zone d'activités économiques, ouverts à toutes les personnes qui, sans faire partie des Focolari, approuvent l'idéal d'unité qui préside au lancement de ce projet.

 

Qualité de vie et convictions profondes

 

Pour mener à bien ce projet - ce sera l'affaire des vingt prochaines années! - se sont mises en place au sein du Mouvement des équipes aux compétences variées, assistées d'experts, tels que l'architecte Dominique Vayne, qui donne ici son témoignage. «Je ne fais pas partie des Focolari, mais mon agence étant installée à peu de distance, j'ai été mis en contact avec l'équipe de la Mariapolis d'Arny. D'emblée, j'ai trouvé que le site était remarquable, constituant une chance exceptionnelle pour le projet tel qu'il m'a été exposé. Ce projet, il n'est pas courant! Je crois que, professionnellement, on ne risque pas d'en voir beaucoup dans sa vie, et ce n'était pas évident de s'y engager... En effet, par rapport à un ouvrage classique, le programme n'est pas entièrement défini à l'avance: beaucoup de points sont encore virtuels, ainsi le nombre et la nature des activités économiques qui viendront s'implanter. Mais c'est aussi un élément intéressant car, pour donner aux gens l'envie de s'installer à Arny, il faut que les premiers bâtiments soient de qualité, harmonieux et homogènes.

D'habitude, j'ai affaire à une personne, qui est le maître d'ouvrage. Là, c'est un groupe qui pilote le projet, et un groupe non professionnel. Ma mission a donc été de mettre en forme leurs idées, leurs besoins pour arriver à une réalisation concrète qui tienne compte de nombreux impératifs techniques, par exemple le changement de la réglementation d'urbanisme sur les espaces boisés, survenu durant l'élaboration du projet.

Ce qui est différent aussi à Arny, c'est que le projet n'est pas basé sur le profit, et cela change beaucoup de choses. Les Focolari ne conçoivent pas cette construction comme un but en soi, mais comme un élément d'un projet de vie, d'où une ambiance saine et sereine dans les discussions, ambiance qui m'a beaucoup frappé. L'équipe réfléchit sans cesse aux futurs utilisateurs de la Mariapolis pour leur apporter le meilleur outil possible, même s'il faut accepter bien des incertitudes, et dans cette optique, la lenteur n'est pas un obstacle.

Ce qui fait pour moi le grand intérêt de ce projet, en même temps que son ampleur et son côté évolutif, c'est l'équipe qui le pilote: on la sent modeste mais avec des idées fortes, réaliste mais ambitieuse sur la qualité de la vie qu'elle construit, appuyée sur des convictions profondes mais en même temps très ouverte. Si je suis confiant dans la réussite de la Mariapolis d'Arny, c'est en grande partie à cause de la qualité des personnes qui se consacrent à ce projet exceptionnel et à l'esprit qui les anime.»

 

Quand la Providence s'en mêle...

Pour Me Eric Allard, le notaire qui a assisté cette équipe durant les difficiles négociations avec la société propriétaire du terrain, confiance et crainte, foi et raison se sont souvent opposées dans son esprit mais lui aussi est optimiste. Il garde le souvenir de deux temps forts dans l'aventure d'Arny: l'immense joie ressentie au moment de la signature de la promesse de vente et, paradoxalement, la gravité et presque la souffrance au moment où cette vente a été effective, plus d'un an après, au terme d'une négociation qui dura de 9 heures à 18 heures. «Du jamais vu! Comme s'il fallait nous montrer que tout se gagne chaque jour, que rien n'est acquis... Avec en même temps une certitude mystérieuse qui triomphait des doutes et, en ce qui me concerne, me poussait à engager mes clients à ne pas passer à côté de ce terrain, qui me semble vraiment un cadeau de la Providence.»

Un petit fait survenu ce jour-là l'a marqué. «Alors que tout notre groupe s'acheminait vers le lieu du rendez-vous, un énorme camion s'est arrêté devant nous. Il portait une inscription vraiment peu courante: "la volonté de Dieu". Et quand il a démarré, nous avons pu lire de l'autre côté la phrase de saint Paul : "Si Dieu est avec vous, qui donc sera contre vous ? "Etait-ce un véhicule de l'Armée du Salut ou d'Emmaüs? Je ne sais, mais dans les moments difficiles que nous traversions, le passage de ce camion a été comme un signe.

Il y en a eu d'autres. Ainsi, chaque fois que nous avons eu besoin, au cours de la phase d'études, d'une aide précise, elle est arrivée de façon inattendue. Par exemple pour des problèmes liés à l'analyse du sol, à examiner de façon urgente. J'avais, malgré un gros travail, accepté de me déplacer pour rendre service à un petit client. Je le connaissais peu mais j'ai découvert ce jour-là qu'il était justement spécialiste de ces questions... De même pour un expert-comptable, qui s'est révélé avoir des compétences exceptionnelles dans le domaine des associations comme des sociétés d'économie mixte, deux éléments clés pour Arny.

J'ai pu aussi sensibiliser un certain nombre d'amis juristes ou fiscalistes à ce projet, dont l'originalité les intéresse et qui proposent spontanément d'étudier les problèmes inédits qu'il pose. En effet, le droit, fondé sur le primat de l'argent et le respect du pouvoir, n'a rien à voir avec des notions comme le partage ou l'économie de communion préconisés par les Focolari. Mais l'on finit toujours par trouver des formules viables!»

 

«Curieux, ces gens qui veulent toujours

l'accord entre eux... »

 

Pour Me Allard, l'expérience d'accompagnement du groupe de la Mariapolis d'Arny reste unique. «Au-delà de ma culture juridique, elle m'a appris à faire confiance, à dépasser ce qui est humainement raisonnable pour répondre à un appel qui nous dépasse. J'ai admiré aussi comment des non professionnels à la fois très impliqués et très détachés de leur projet, pouvaient acquérir des compétences réelles et gagner l'estime de leurs interlocuteurs par leur attitude ferme et loyale. J'ai vu leur unanimité se construire, leur courage et leur foi quand tout allait mal et que nous devions discerner ensemble s'il fallait poursuivre les négociations, comme un capitaine dans la tempête. Il y aura sûrement encore des difficultés, mais cette première étape incite à ne pas en avoir peur.»

Même écho chez l'avocat Didier Saint-Avit, qui, lui aussi, a constaté que «des gens portés par un idéal se transcendent et manifestent des talents cachés qui produisent des ressources inespérées». «L'équipe d'Arny a réussi un exercice très difficile : vivre à la fois la charité et la justice, face à des interlocuteurs qui tablaient parfois sur leur (supposée) naïveté dans les affaires. Il y fallait une grande maturité individuelle et collective...»

L'ancien maire de Bruyères-le-Chatel, M. Fréhaut, lui, ne cache pas son scepticisme de départ, lorsqu'il a vu arriver «ces clients pas comme les autres qui ne discutaient pas rentabilité mais voulaient convaincre du bien-fondé de leur philosophie». Ce scientifique pragmatique, attaché à développer des activités pour sa commune et à en obtenir des taxes professionnelles, a jugé «un peu idéalistes ces Focolari et flou le genre d'expérience qu'ils veulent lancer». «Curieux aussi, confie-t-il, ces gens qui travaillent en groupe, avec lenteur, et veulent toujours être d'accord entre eux...»

Les renseignements fournis par le Préfet l'ayant rassuré sur la respectabilité de ses interlocuteurs, M. Fréhaut leur a pleinement fait confiance à partir du moment où ils se sont entourés d'aménageurs professionnels et ont été appuyés par une société d'économie mixte. «Ils ont fait un effort sérieux pour mettre au point un projet plus technique, mieux étoffé. Parmi les candidats qui ont défilé en mairie, ce sont les seuls qui acceptaient d'acquérir une propriété privée avec les contraintes d'une ZAC (ndlr: Zone d'Aménagement Concertée) et s'engageaient à créer des activités économiques.»

 

Entreprises, artisans, étudiants, retraités...

 

De fait, c'est l'arrivée annoncée de nouvelles entreprises qui a emporté l'adhésion du maire et de son conseil. Ces entreprises, Monique Kazmierski, cadre dans un grand groupe industriel y croit. «Le site ne se prête pas à l'implantation d'industries, qui risqueraient d'ailleurs d'être polluantes, dit-elle, mais il convient très bien aux PME de services ou de technologie, voire à l'artisanat. On peut y créer des entreprises à taille humaine, qui soient de vraies communautés de travail, où l'ensemble des acteurs se rencontre et contribuent au développement de leur société.»

Un atout non négligeable, à son avis: les logements à proximité, le côté «village» du projet. Monique rappelle celui de son enfance où se côtoyaient les générations et les professions: agriculteurs, ouvriers, artisans; tout le monde se connaissait et s'entraidait. Arny, où l'on envisage un foyer d'étudiants à côté de la maison de retraite, lui paraît un heureux antidote aux cités-dortoirs et aux quartiers urbains anonymes.

Mais surtout, elle observe la déception de beaucoup de jeunes, qui, malgré la mondialisation, les salaires élevés et les avantages matériels ont parfois perdu le sens de ce qu'ils font. «Ils se sentent souvent considérés comme des produits de consommation qu'on jette lorsqu'ils prennent de l'âge ou n'atteignent plus les objectifs fixés. Beaucoup se posent des questions sur le pourquoi de leur travail, de leur existence. Sans le dire ainsi, ils aspirent à travailler dans des entreprises qui mettent l'homme à la première place. Or c'est ce que se proposent de faire les entreprises pilotes du Mouvement des Focolari, qui adhèrent à l'Economie de communion. Toutes ont commencé par un saut dans le vide, un acte de confiance, comme pour Arny. J'espère bien que les entreprises qui y verront le jour attireront des gens qui, en montrant que c'est possible, concourront à leur tour à en diffuser l'esprit. Comme tout ce qui commence, ce sera d'abord petit, comme l'homme à ses débuts... Mais c'est d'une grande espérance, d'un grand changement que ce projet est porteur.»

France de LAGARDE

 

 

€ Possibilités de visites accompagnées de la Mariapolis d'Arny. Un chantier d'été y sera organisé du 23 au 28 juillet 2001 proposant des travaux de démolition d'anciens bâtiments, nettoyage et débroussaillage, entretien du parc, etc. € Pour en savoir plus et participer : un petit dossier Devenons bâtisseurs de la Mariapolis d'Arny vient de paraître, avec cinq fiches de propositions concrètes pour s'investir. Envoi sur demande. € Pour toute information : Secrétariat Mariapolis d'Arny, 41 rue Boileau, 75016 Paris. Tel. 01 47 43 07 16, fax 01 47 43 07 96, e-mail : mariapolis.arny@focolari.org